L' Edito
20/21 :
Qui dit mieux ?
2012 commence en fanfare. L’agence de notation Standard and Poor’s a
abaissé la note de la France, tandis que l’agence Moody’s
annonce qu’elle maintient le triple A. La belle affaire ! Le
Général de Gaulle déclarait que « la
politique de la France ne se fait pas à la corbeille ».
Aujourd’hui ce sont les agences de notation qui semblent
décider du sort de millions de gens dans le monde entier !
En effet, c’est au prétexte de la préservation du
triple A que le gouvernement a justifié les
contre-réformes, en particulier celle des retraites en 2010,
et depuis les plans d’austérité successifs.
Pourtant M. Baroin minimise cette dégradation. Il
déclare que 19 sur 20 est encore une bonne note. M. Fillon,
en sa qualité de premier ministre, fait encore plus fort dans
la surenchère (normal, hiérarchie oblige) : «
L'échelle de notation de Standard and Poor’s a 21 crans.
C'est comme si la France était notée 20 sur 21.
»
En quelque sorte, nous sommes les bons élèves.
En réalité, cela fera 30 ans en juin prochain que le
gouvernement de Pierre Mauroy, sous la Présidence de
François Mitterrand, a décidé du «
tournant de la rigueur ».
30 ans, c’est déjà de l’histoire ancienne. On sait
maintenant que c’est l’influence de Jacques Delors qui a
été prépondérante, et qu’à
l’époque le parti socialiste et le gouvernement
étaient très divisés sur cette question.
Cette politique de rigueur que nous subissons encore aujourd’hui
répondait à l’objectif de maintenir le franc dans le
«serpent monétaire européen».
Ce système monétaire a débouché dans un
premier temps sur l’ECU, puis sur l’EURO ! Rappelons, pour la petite
histoire, que la monnaie unique devait initialement s'appeler ECU,
et que c’est officiellement pour des raisons de prononciation que
cette dénomination a été abandonnée au
profit de l’EURO. Certaines mauvaises langues prétendent que
le gouvernement allemand ne voulait pas de l’ECU parce que celui-ci
rappelait trop une ancienne monnaie française !!!
Depuis 30 ans, les gouvernements successifs ont renoncé
à toute politique indépendante, et, au prétexte
d’améliorer la compétitivité des entreprises,
ont mis en œuvre une politique fondée sur
«l’abaissement du coût du travail».

par Patrick Hébert,
secrétaire général de l'UD
CGT-FO de Loire-Atlantique
Dans les faits, cette politique a débouché sur les
privatisations de pans entiers de notre économie, sur la
fermeture de centaines d’entreprises.
De 1980 à 2010, le chômage est passé de 1,3
millions à 2,6 millions (chiffres officiels) pour la seule
catégorie A. On peut estimer le nombre réel de
chômeur à 4,6 millions. 1,8 millions d’emplois
industriels ont disparu, détruits par les fusions,
privatisations et autres restructurations.
Cette recherche constante d’abaissement du coût du travail a
aussi conduit aux délocalisations massives, cette sorte de
«commerce triangulaire» inversé.
En effet, à l’époque du trafic d’esclaves, on
transportait les hommes sur les lieux de production.
Aujourd’hui, on transporte la production sur les lieux où se
trouvent les nouveaux esclaves, là où le
«coût du travail» est le moins
élevé.
Cette recherche du profit maximum ne connaît pas de limites.
Alors que la crise du système capitaliste frappe durement des
millions de travailleurs dans le monde entier, jamais les gains des
banques et des entreprises n’ont été aussi importants.
Pour «améliorer» encore ces résultats, la
Troïka a décidé de s’attaquer maintenant au
financement de la protection sociale. Pourtant, en France, les
entreprises bénéficient chaque année de plus de
30 milliards d’exonérations de cotisations sociales (32
milliards pour l'année 2011) et de 100 milliard d’aides
publiques diverses.
Aujourd’hui, la Troïka veut s’attaquer au fondement même
de notre protection sociale, c'est-à-dire à nos
cotisations assises sur notre salaire.
En clair, elle veut nous voler une part de notre salaire, celui que
nous appelons le «salaire différé». Ce
sont ces cotisations qui nous appartiennent qui servent à
financer notre assurance maladie, nos retraites, notre
assurance-chômage et les allocations familiales.
M. Fillon, dans le Journal du Dimanche du 11 janvier, n’y va pas par
quatre chemins : «la priorité est de prendre une mesure
significative sur la baisse du coût du travail».
Pour qu’il n’y ait pas de doute, il ajoute : «Comment baisser
le coût du travail en réformant le financement de la
protection sociale, comment mettre de la souplesse dans les
entreprises avec les partenaires sociaux?».
Sa réponse : la TVA dite «sociale» ! Dans un
premier temps on nous vole nos cotisations, dans un deuxième
temps on nous fait payer la TVA dite sociale. On est donc
volés deux fois !
Pour sa part, M. Hollande s’oppose à la proposition du
gouvernement. Il a une bien meilleure idée : la fusion de la
CSG et de l’impôt sur le revenu. La CSG, cet impôt
créé par Michel Rocard, était
déjà un début de fiscalisation de nos
cotisations sociales. C’est pourquoi notre
confédération s’y était opposé et s’y
oppose toujours fermement.
La proposition de M. Hollande ne devrait pas nous surprendre,
puisque déjà en 2009 il déclarait : «Je
considère qu’aujourd’hui, la part de l’impôt doit
être élargie, je ne considère plus normal que
les cotisations sociales servent à financer la politique
familiale, il n’est pas normal non plus que sur le chômage, ce
soient essentiellement les cotisations qui servent de
ressources.»
M. Hollande faisait partie des «12 apôtres»
fondateurs du club «Témoins» du Père la
rigueur Jacques Delors.
Ainsi, 30 après, la boucle est bouclée !
C’est dans ce contexte que va se tenir le 18 janvier le
«Sommet social».
Nous en ignorons pour l’instant le contenu détaillé.
Mais, compte tenu du contexte, il est probable que des propositions
«désagréables» y soient annoncées.
Bien sûr nous n’accepterons pas un nouveau tour de vis. Nous
refuserons la TVA dite «sociale».
Mais nous nous gardons bien aussi de nous laisser entraîner
dans des manœuvres préélectorales.
L’intersyndicale institutionnalisée va peut-être nous
proposer une nouvelle fois quelques initiatives ridicules.
Nous n’avons rien à faire avec une CFDT qui, acoquinée
avec la CGT, se prononce en faveur de mesures ("justes" bien
sûr) pour lutter contre la dette.
Notre rôle n’est pas d’accompagner un plan de rigueur
dicté par le FMI, la BCE et l’Union européenne. Bien
au contraire, il est de défendre les intérêts
des salariés.
C'est pourquoi nous devons préserver notre
indépendance.
Non à la dictature de la dette !
Non à l’austérité, qu’elle soit de droite, de
gauche ou syndicale !
Bonne année ... quand même...
|
|
Dernier Communiqué Retrait du projet d'évaluation
Jeudi 15 décembre
2011
Six
cents enseignants
manifestent
à Nantes
[Lire la Suite] |
Dernier Edito L'Edito
Alors
que dans la plupart des pays de l'Union Européenne la
colère gronde, que les grèves se multiplient comme
en Grèce, le sommet européen vient de
décider de renforcer d'une manière
considérable le carcan qui depuis le traité de
Maastricht en 93, étrangle tous les salariés.
A
l'exception de la Grande-Bretagne, tous les gouvernements de
droite comme de gauche, ont mis au point un nouveau
traité : une sorte de Super Maastricht. Ils ont en
particulier décidé que tous les pays devraient se
doter de la règle d'or, c'est à dire de la
règle d'austérité.
Un
communiqué précise que : "la cour de justice
européenne vérifiera que chaque pays transpose
cette règle dans sa propre constitution ou à un
niveau équivalent".
Alors
une question se pose : que se passera-t-il dans
l'hypothèse où, que ce soit par la voie
parlementaire ou par la voie référendaire, un ou
plusieurs pays refuseraient d'intégrer cette funeste
règle d'or dans leur constitution ?
La
cour de justice européenne va-t--elle mettre les
parlementaires ou les peuples en prison ? Va-t-elle leur envoyer
les chars ? Excessif ? Peut-être...
Encore
que l'on puisse s'inquiéter quand on voit comment en
Irak, en Afghanistan ou, plus récemment, en Lybie, on
exporte la "démocratie", à coups de bombes,
n'hésitant pas au passage à massacrer des milliers
de civils, femmes et enfants.
Plus
proche de nous, on a vu comment la Troïka (FMI, BCE,
Commission européenne) a "débarqué" sans
autre forme de procès, Papandréou et Berlusconi
pour les remplacer par deux "employés", deux mercenaires
de la BCE, de l'UE et de la banque Goldman Sachs.
[Lire la Suite] |
|